Nabil Medjahed : "J'avais dit en 2014 que Djamel Belmadi était l'homme de la situation"


Passé par plusieurs clubs au sein du championnat algérien (notamment l'USM Alger, l'ES Sétif, l'ASM Oran, le RC Kouba, le NA Hussein- Dey et le CS Constantine), en ayant également transité par le Qatar, le coach Nabil Medjahed revient pour Foot Algéria sur sa carrière pro, tout en donnant un avis objectif sur la situation du football national. Entretien !


Nabil, quel est votre parcours en tant que joueur ?


J'ai réalisé tout mon cursus au sein du centre de formation de l'AS Cannes en ayant eu différentes blessures par la suite, notamment au genou, qui m'ont amené à ne pas poursuivre mon parcours en tant que joueur professionnel. J'ai joué dans des clubs de National 2 et en Régional, c'est pour cela que je me suis dirigé vers le métier d'entraineur.


Comment est venue cette vocation d'entrainer ?


En raison de cette blessure au genou, j'ai du mettre un terme à ma carrière de joueur. J'ai donc commencé très jeune à entrainer des équipes U15 et U17 en ayant eu de très bons résultats, avec notamment l'US Le Pontet, le FC Martigues ainsi que l'US Endoume. Cette vocation est venue rapidement et elle m'a conforté dans ce dessein comme j'ai obtenu de très bons résultats en catégorie jeunes, ayant notamment remporté des coupes régionales. C'est ce qui m'a amené concrètement à continuer d'exercer dans le métier d'entraineur.


Comment avez-vous connu vos débuts en Algérie avec l'USMA ?


J'ai eu des contacts au départ avec l'un des responsables actuels de la JSK, en l'occurrence Miloud Iboud, qui m'avait sollicité à l'époque pour prendre en main la formation du RC Kouba, comme il était dirigeant au sein de cette équipe en 2006-2007. Lorsque je suis venu en Algérie, cela n'a pas fonctionné pour lui donc je me suis retrouver à l'USMA au niveau de la formation. Cela a été une très bonne expérience en travaillant avec Mustapha Aksouh durant une saison, avant de partir en fin de saison à l'ES Sétif pour y exercer en tant qu'assistant de Bernard Simondi.


Pour effectuer par la suite une tournée de plusieurs clubs en Algérie ?


J'ai rejoint Al Kharitiyath, avec qui on a obtenu de très bons résultats, avant d'être entraineur en chef à l'ASM Oran pour enchainer avec le RC Kouba et le NA Hussein-Dey. J'ai retrouvé Bernard Simondi en 2014 pour rejoindre le CS Constantine et finir en revenant du coté du NAHD et du RC Kouba, avec qui j'ai effectué un très bon parcours car l'équipe était relégable avec trois points en dix matchs à mon arrivée. J'ai réussi à sauver le club de la relégation en terminant à la 9ème place, en étant très fier de mon parcours au sein de cette formation.


Etant passé au Qatar, l'organisation était-elle aussi pointue qu'actuellement ?


Le niveau était vraiment supérieur à celui d'aujourd'hui, on avait la possibilité de recruter plusieurs étrangers à l'époque en ayant notamment dans notre équipe Sabri Lamouchi et Clermerson, passé par la Lazio de Rome, ainsi que deux brésiliens évoluant à Sao Paulo et Palmeiras. Actuellement le Qatar a droit à seulement trois joueurs étrangers, ce qui fait que le niveau du championnat a régressé et que le pays tend davantage vers une politique de formation locale, en intégrant davantage de jeunes éléments du cru.


Quels sont vos souvenirs et regrets marquants connus en Algérie ?


Le potentiel est énorme dans notre pays mais on est dans une phase de professionnalisation très compliquée à mettre en place. La compétence des gestionnaires est très loin des réalités du foot pro, ceci malgré le fait que pour ma part j'ai voulu mettre en place une organisation autour d'un projet dans les différents clubs où je suis passé. Malheureusement, les dirigeants ne comprennent pas qu'aujourd'hui un club est une société qui ne se développe pas seulement avec les résultats dans l'immédiat, il faut instaurer un travail sur le long terme en y mettant des pôles très importants à gérer pour une bonne marche collective, comme notamment le médical, la formation, l'administratif ainsi que la préformation.


Les projets de formation sont donc malheureusement très rares ?


C'est très loin d'être mis en place en Algérie, mis à part au Paradou AC, partout où je suis passé on m'a demandé de mettre en avant un projet sportif mais en Algérie c'est du vent ! On vous demande juste de prendre une équipe, de la sauver de la relégation si vous êtes en bas de tableau, d'être champion si vous la prenez en haut de classement en étant dans les première places au classement général, tous les dirigeants sont centrés sur un résultat immédiat. Alors que l'on sait, pour ne pas se mentir, qu'un entraineur doit travailler au moins sur deux ans pour avoir des résultats satisfaisants. On le remarque d'ailleurs avec la valse des entraineurs, nous devons avoir les clubs parmi les plus instables au monde, lorsque l'on voit des coachs dans une dizaine de clubs par saison c'est très inquiétant, comme des dirigeants qui les virent au moindre mauvais résultat et cela ne change pas depuis 13 ans.


Quelle est votre analyse à ce niveau pour améliorer les choses ?


Ce n'est pas plus compliqué qu'ailleurs comme je l'ai toujours proposé pour le football algérien, il faut tout d'abord avoir des dirigeants qui sont à la hauteur des ambitions d'un club, en y mettant les moyens en place qu'il faut ainsi qu'un projet sportif viable. Le problème est que les infrastructures, depuis 2007, ne se sont toujours pas développées en ayant toujours pas de centre d'entrainement où l'on pourrait disposer de différents stades afin de travailler convenablement. Comment mettre en place un projet lorsque l'on a un seul stade, regardez le MCA qui a un budget conséquent mais ne dispose pas de son propre stade.


Ce manque n'amène donc pas à avoir une formation de qualité ?


On ne peut pas mentir aux gens et mettre en place un projet de formation si on a pas les infrastructures qui répondent à des critères internationaux. Il faudrait aussi pour cela mettre des formation de cadres d'entraineurs spécialisés dans la formation comme en Europe, où il y a des diplômes spécifiques pour les coachs. Comme je le dis souvent, la formation est le vivier de l'équipe senior, la seule équipe qui le fait ces dernières années est le Paradou AC qui a investi dans son propre centre de formation et aujourd'hui 100% de leur équipe est quasiment issue de leur formation en Ligue 1. Malgré que ce état de fait pouvait être un exemple en Algérie pour les autres, personne ne l'a malheureusement suivi !



Peut-on avoir votre avis au sujet de l'Equipe Nationale ?


A ce sujet, j'avais proposé ma modeste contribution à différents médias et à la DTN afin d'entrainer l'équipe Olympique, en ayant aussi soumis le nom de Djamel Belmadi. Je pense que trop de dirigeants négligent la compétence des algériens alors que ce sont eux qui ont souvent les meilleurs résultats dans le championnat local. J'avais déja parlé de Djamel Belmadi en 2014 après le départ de Vahid Halilhodzic, j'avais dit que c'était l'homme de la situation comme je suivais de près son travail réalisé au Qatar par rapport à ce qu'il offrait comme production. Il a obtenu de très bons résultats avec les clubs qataris ainsi que la sélection de ce pays, même si ce n'est pas un grand championnat européen il faut dire que dans le contexte dans lequel il travaillait c'était pour moi plus que convainquant.


Vous aviez donc vite su qu'il pouvait redresser la barre ?


Djamel Belmadi est un ancien international, il a du charisme en étant très compétent et sérieux dans son travail. L'avenir m'a donné raison car il a remporté la CAN en 2019, en terre égyptienne qui plus est, ce qui est véritablement un exploit pour la nation. Il a su remobiliser un effectif qui était fracassé, même si Christian Gourcuff entre temps avait essayé de faire quelque chose de cohérent, Djamel a remobilisé les troupes en effectuant un excellent travail. Je tiens par ailleurs à lui tirer chapeau dans vos colonnes, tout en remerciant les dirigeants qui ont enfin fait confiance à un algérien à la tête de la sélection.


Peut-on connaître votre actualité dans le football ?


Avec le coronavirus tout s'est impacté sur le football, contrairement à pas mal de collègues j'en ai profité pour passer actuellement l'UEFA Pro, le BEPF. On essaye toujours de profiter de son temps libre pour essayer d'améliorer ses connaissances en étant toujours connecté au football algérien, je regarde tous les matchs à la télévision aussi bien du pays qu'en Europe. Par le biais de mon expérience, je donne aussi des cours par vidéo-conférence pour la formation des cadres et des formateurs à des entraineurs basés en Afrique et en Asie. J'en profite donc pour aider des collègues à mettre en place des projets sportifs, sur les différents systèmes de jeu à adopter avec leur équipe, ce qui me fait plaisir de leur faire prendre conscience de leurs possibilités, tout en développant avec eux des connaissances.


Un projet en Algérie pourrait toujours vous intéresser à l'avenir ?


Je ne suis pas fermé à un projet intéressant bien entendu, j'ai eu d'ailleurs dernièrement des contacts pour évoluer au sein du CS Constantine et du CA Bordj Bou Arreridj.



Propos recueillis par Farid A.